Albatros D.Va

Une reconstruction volante avec éléments originaux (en construction)

Une reproduction volante (en construction)

Conçu en 1917 à partir de l'Albatros D.III pour être capable de se mesurer aux meilleurs chasseurs alliés de l’époque, l'Albatros D.V s'en distingue par un fuselage semi-monocoque à section transversale elliptique plus profond, un nouveau plan supérieur de voilure surbaissé pour offrir un meilleur champ visuel au pilote, une gouverne de direction et des ailerons modifiés.

L'appareil fut majoritairement équipé d'un moteur Mercedes de 180cv, l'armement consistait en 2 mitrailleuses synchronisées LMG 08/15 Spandau de 7.92mm.

Une évolution nommée D.Va fut rapidement mise au point pour pallier à la fragilité de la version D.V suite à des ruptures d'ailes.

 

L'Albatros D.Va n° 4360

C'est en 2005 que débute l'histoire de Memorial Flight avec l'Albatros N°4360. Nous avons eu l'opportunité unique d'accéder à un nombre important d'éléments issus du crash d'un Albatros D.Va près de Boussicourt, dans la région d'Amiens, où les ancêtres des habitants avaient évoqué un crash qui dans leur souvenir s'était produit en été 1918. Ces morceaux ont été mis au jour au début des années 2000 et stockés jusqu'à la récupération par Memorial Flight.

Aucun plan d'époque n'étant disponible pour l'Alblatros D.Va et notre association étant très attachée à une reconstruction selon de hauts standards, l'existence de cette épave en rendait la faisabilité envisageable.

Dans les débris du crash la plaque constructeur et le numéro de moteur ont été retrouvés. Ces éléments reliés au lieu de l'accident permettraient-ils de retracer l'histoire de l'Albatros N° 4360 ?

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Plaque constructeur de l'usine Albatros de Berlin-Johannistal, retrouvée dans les débris et portant le numéro de série 4360

Étude des numéros de références trouvés sur l'épave

La plaque constructeur porte le N° 4360. Un historien en contact avec notre branche allemande, Peter Grosz, nous informe que l'appareil ferait partie d'une commande de 250 unités numérotées de 5600/17 à 5849/17 (numérotation militaire qui diffère de la numérotation constructeur).

La plaque du moteur porte le N° 35317. Là un contact américain nous indique que le moteur a très certainement été livré à l'usine Albatros de Berlin-Johannistal en novembre ou décembre 1917.

Une 3ème indication concerne la date de garantie inscrite sur le carter du moteur : "GARANTIE BIS 15-5-18". Sachant que Daimler accordait une garantie de 6 mois, on peut dater au 15 novembre 1917 l'acceptation/approbation moteur.

Sur les mitrailleuses LMG 08/15 Spandau, on trouve les numéros 8169 et 1728 (qui doit être 1728a) ce qui date la production à fin novembre début décembre 1917.

Toutes ces informations concordent et permettent de dire qu'il s'agirait d'un avion construit en décembre 1917 dont le numéro militaire est compris entre 5600/17 et 5849/17.

Étude du lieu du crash, étude de l'épave

Le crash a eu lieu dans une zone de bois et marais où d'autres avions sont tombés, dont des Albatros. L'endroit est si isolé que les habitants n'ont pas dû s'y rendre.

L'examen de l'épave montre que l'avion n'a pas brûlé, tous les leviers ont été trouvés en position "emergency", la poignée de la ceinture en position "ouverte". L'avion semble avoir touché le sol à la verticale. Une sangle attachant le coussin avait été coupée, sans doute pour laisser place à un parachute. Tout porte à croire que le pilote a sauté en parachute après avoir effectué les actions vitales, ce qui explique qu'aucun reste humain n'a été retrouvé.

Après études d'archives allemandes un avion a retenu notre attention :

L'Albatros D.Va N° 5765/17 piloté par le lieutenant Max Schick de l'escadrille de chasse Jasta 76b a été perdu le 23 juin 1918 à 20h15 et le pilote fait prisonnier.

Étude des marquages

Chaque escadrille allemande apposait ses propres marquages sur le nez et la queue de ses avions. Ceux de la Jasta 76b portaient ainsi une casserole d'hélice blanche, une bande bleu bavarois sur le nez et un empennage horizontal bleu et blanc.

Au cours de l'étude de l'épave, de la couleur bleu clair typiquement bavaroise a été trouvée sur différentes pièces et morceaux.

Des recherches supplémentaires nous ont appris que l'Albatros 5765/17 avait également été celui du commandant de la Jasta 76b, Walter Böning, à bord duquel il a été blessé le 31 mai 1918. Ce jour là il parvint à ramener son avion mais, grièvement blessé il sera hospitalisé. Cet avion a probablement été réparé par la suite.

Une photo existe, supposée représenter cet appareil, probablement prise le 18 mars 1918 au moment du déménagement de la Jasta de l'aérodrome d'Habsheim vers celui de Liéramont qui se trouve à 52 km du lieu du crash.

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Cet essai de colorisation aux couleurs de la Jasta76b (bleu bavarois et blanc) nous permettra de définir la livrée la plus authentique possible de la copie de l'Albatros N° 4360 que nous allons entreprendre

La reconstruction

Dès 2007 nous avons projeté la reconstruction à  l'identique d'un Albatros D.Va de 1918 avec pour objectif premier de se rapprocher le plus possible de l'original.

Pour cela nous ne disposions pas de plans car aucun n'avait survécu après arrêt des hostilités. Toutefois, deux exemplaires originaux subsistent : l'un au N.A.S.M. (U.S.A.) dont la restauration avait été détaillée dans un livre publié en 1980, l'autre à l'A.W.M. de Canberra (Australie). Nous disposions aussi désormais de notre épave trouvée à  Boussicourt.

Pour mener efficacement le projet, nous avons entrepris la réalisation d'une maquette virtuelle en 3D.

Plus de 4000 pièces ont ainsi été modélisées.

Nous nous sommes aussi associés avec deux grands collectionneurs privés : Javier Arango (aujourd'hui disparu) en Californie et The Vintage Aviator Limited (T.V.A.L.) en Nouvelle-Zélande, afin d'aboutir à la renaissance d'une série d'Albatros D.Va.

Le travail de la partie française a consisté en l'étude complète pour refabrication en collaboration avec T.V.A.L. : étude et modélisation des pièces, réalisation d'un modèle 3D complet et réalisation d'un nouveau jeu de plan de construction.

Pour mener à bien ce projet nous avons noué, en 2008, un partenariat avec l'A.W.M. de Canberra. Nous sommes allés en Australie pour les former aux techniques d'entoilage allemandes de 14/18 et  en échange avons disposé d'un accès privilégié à leur Albatros en restauration pour faire les relevés, photographies, et prises de  mesures, indispensables à notre étude.

Nous avons aussi eu accès à certaines pièces originales de collectionneurs privés et acquis beaucoup de notes et photos qui se sont avérés très utiles pour combler le manque d'information sur certaines parties de l'avion.

La construction des Albatros a commencé dans l'atelier T.V.A.L. en Nouvelle-Zélande suivant nos plans et modèles numériques, et le 1er vol d'un "nouvel" Albatros D.Va a eu lieu en novembre 2009.

Notre exemplaire non terminé est arrivé dans nos ateliers en 2011, accompagné d'un second appareil.

Depuis 2013 le travail sur l'Albatros se poursuit. Quelques équipements de l'appareil original sont désormais réinstallé après restauration (tel que la pompe à air, l'altimètre, etc.) et il est peint aux couleurs de l'appareil de la Jasta 76b supposé être le N° 5765/17.

L'avion sera équipé d'un moteur conforme à l'original (Mercedes D.IIIa de 180 hp).

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Lt Weymar et Lt Haselhoff devant leur LVG C.VI le 18 septembre 1918

Un second Albatros

 

Une seconde reproduction d'Albatros D.Va est arrivée dans les ateliers de Memorial Flight. Tout comme l'autre appareil, l'avion est arrivé sans entoilage et sans finition.

Il fut décidé de terminer cet appareil dans la livrée d'un autre appareil de la Jasta 76b. C'est donc tout naturellement que le choix s'est porté sur l'Albatros apparaissant à côté du N°5765/17 chargé sur le train, en mars 1918.

L'avion sera donc peint au couleur du N° 5787/17. En plus des couleurs de la Jasta 76b (bandes bleu bavarois et blanches sur le capot avant et l'empennage), cet avion porte une bande jaune et noire sur le flanc représentant les couleurs de la ville de Munich. L'emblème de la ville, le Münchner Kindl, un moine en bure noire à liserés jaunes est également peint sur le côté dans une version modifiée couramment représentée depuis le 16ème siècle. Le moine tient une chope de bière dans une main et une botte de radis dans l'autre (l'emblème d'origine de Munich le représente tenant simplement un livre religieux à la main).

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Lt Weymar et Lt Haselhoff devant leur LVG C.VI le 18 septembre 1918

La construction de la reproduction

La restauration de l'original (en cours)

Photoscopes de la reproduction

Photoscope

Le Cockpit.

Photoscope

Le poste arrière.

Photoscope

L'aile haute (gauche) après entoilage.

Photoscope

L'aile basse (gauche) après entoilage.